Anxiété, phobie, dépression peuvent être le point de départ d’une thérapie longue qui dévoilera peu à peu la partie immergée des émotions contrariées. Passionnant parcours qui peut aussi être éprouvant. Les thérapies cognitives et comportementales, ou TCC, elles, ne s’intéressent qu’à la partie visible et actuelle de l’iceberg, celle qui handicape et fait souffrir… Elles sont fondées sur l’apprentissage de nouveaux comportements, à partir de l’élaboration de nouvelles pensées, après constat que les anciennes ne mènent à rien : il s’agit surtout de réussir demain ce dont on se croit incapable aujourd’hui et que, de ce fait, on a raté hier.
Le jeune ancêtre des TCC, la thérapie comportementale, utilise des techniques de relaxation pour diminuer progressivement les peurs, phobies et obsessions, et rendre le sujet à une vie normale. Plus récentes, les thérapies cognitives travaillent sur les pensées, opinions et croyances (appelées cognitions) souvent erronées et négatives qu’a le sujet sur lui-même et sur son entourage. Elles consistent à remplacer progressivement des pensées comme : “Personne ne m’aime parce que je ne vaux rien”, par : “J’ai un certain nombre de capacités et, si deux ou trois personnes m’aiment et qu’une dizaine d’autres m’apprécient, ça ira vraiment bien.”
Aujourd’hui, les thérapeutes cognitivistes utilisent souvent un cocktail concentré de deux méthodes, car les pensées négatives génèrent un comportement d’échec qui rend grincheux et timoré, tandis que les réussites, même minimes, renforcent une appréciation plus positive de soi, appréciation qui encourage de nouvelles initiatives.
Contrairement aux thérapies analytiques, les TCC ne recherchent pas les causes du trouble, ne s’intéressent pas à l’histoire du sujet ni à son enfance. Elles se donnent un objectif précis : dans six mois, le patient doit être capable de sortir dans la rue, de téléphoner pour chercher un emploi, de parler normalement à sa mère ou à son patron, etc.
Il n’y a pas de “père” des thérapies comportementales, si ce n’est Pavlov et ses “réflexes conditionnés”. Comme le chien de Pavlov, nous avons des “réponses” automatiques à des stimuli, mais nous savons aussi qu’il existe d’autres réponses possibles et que nous pouvons apprendre à les mettre en oeuvre.
Les thérapies cognitives, quant à elles, n’ont été véritablement développées qu’à partir des années 60 par deux psychiatres américains, Albert Ellis et Aaron Beck. Le premier s’est intéressé à nos épisodes dépressifs venant de la vision grandiose que nous avons de nous-mêmes, vision évidemment déçue par la réalité : le fossé entre ce que nous attendons de nous-mêmes et ce que nous sommes capables de faire génère forcément des appréciations défaitistes. Nous devons combattre les croyances irrationnelles telles que : “Tout ce que je fais doit toujours être approuvé par tout le monde”, ou : “Je dois toujours être aimé de tout le monde à tout moment”… ce qui ne risque pas, évidemment, de se produire.
Aaron Beck a étudié et évalué les résultats des différentes thérapies et axé sa recherche dans le sens de l’efficacité et du bien-être du patient. Le thérapeute collabore activement avec le patient pour l’aider à repérer le fonctionnement de ses cognitions et lui apprendre à les modifier et à les tester selon le bénéfice, ou, au contraire, le préjudice, qu’il en a tiré. La synthèse entre comportemental et cognitif s’est faite d’elle-même dans la pratique des thérapeutes, l’aller-retour fréquent du travail sur les cognitions et les comportements s’avérant le plus efficace.
Les séances durent 45 minutes. Leur contenu dépend du trouble du patient mais chaque séance est différente de la précédente puisqu’il s’agit à chaque fois de progresser un peu.
La première séance est consacrée à l’écoute libre du ou des problèmes du patient. Dans les cas d’anxiété ou de dépression, le thérapeute va consacrer au moins une autre séance à la description des cognitions et comportements associés aux multiples situations de la vie quotidienne dans leurs moindres détails : à quoi pense-t-on quand on se réveille ? A-t-on de l’appétit ? Il peut demander au patient de décrire sa journée du réveil au coucher, d’établir une liste des moments qui l’angoissent le plus.
A partir de la troisième ou de la quatrième séance, le thérapeute et le patient élaborent ensemble un contrat de tâches à accomplir, assorti d’un “agenda”, dans le but de modifier progressivement le comportement.
Principe majeur : il doit y avoir un accord préalable du thérapeute et du patient sur les tâches que l’on se fixe. Si elles paraissent trop difficiles au patient, il vaut mieux aller moins vite, le principal étant de réussir, quitte à avoir des objectifs plus modestes.
Le thérapeute s’implique : il pose des questions, fait des remarques, conseille, fait référence au “contrat”. Il répond aussi aux questions du patient et lui fournit tous les éclaircissements qui peuvent l’aider à comprendre son trouble et à trouver des solutions pour en sortir. Patient et thérapeute discutent à chaque séance des difficultés à effectuer les tâches prescrites et les réajustent. En ce qui concerne les angoisses, phobies, paniques ou obsessions relevant de l’urgence (qui empêchent, par exemple, de se rendre à son travail ou de sortir pour chercher ses enfants), on pratique parfois la seule thérapie comportementale : apprentissage de la relaxation pour parvenir à une désensibilisation à l’objet de la peur.
Le patient est ainsi incité à se confronter directement et progressivement à celui-ci, ou à utiliser son imagination de façon à visualiser la situation redoutée. On ne cherche pas à mettre le patient dans un “état différent”, on s’adresse à ce qui est conscient, à son pouvoir de discernement, de raisonnement.
La question essentielle étant : “Ai-je intérêt à conserver ce comportement ?”
Les thérapies comportementales corrigent un comportement, une peur, une obsession, une inaptitude. Phobies et troubles obsessionnels sont le champs actuellement le plus connu des thérapies comportementales, de même que les phobies sociales, qui prennent différents aspects (trac, tremblements, sueurs) dans des situations où l’on est sous le regard des autres. Associées aux thérapies cognitives, les thérapies comportementales agissent aussi sur l’anorexie, la boulimie, le tabagisme, la toxicomanie, l’alcoolisme, les anxiétés, les dépressions, les insomnies, les troubles sexuels et les échecs scolaires. La gestion du stress devient un domaine privilégié des thérapies cognitives. Ces méthodes sont utilisées dans le cadre de la formation en entreprise. Un autre aspect, plus proche de la médecine, aborde le rôle des cognitions dans la douleur, et l’importance du comportement dans la capacité à développer certaines maladies, comme les maladies cardio-vasculaires.
Contre-indications
Les troubles maniaco-dépressifs, les dépressions graves qui demandent d’abord une prise en charge médicamenteuse. Les TCC sont ciblées sur un trouble précis. Elles ne conviennent pas à un mal-être indéfini, à un travail de structuration de l’identité ou à un besoin de parler et d’être écouté.
Les séances durent 45 minutes. Leur prix moyen est de 30€. On envisage souvent une vingtaine de séances (une par semaine). Le traitement peut commencer par deux séances hebdomadaires si le trouble est aigu. Les TCC se veulent courtes : de 3 à 6 mois. Au-delà, on considère qu’il y a une résistance, que le sujet tient à son trouble et qu’il devrait engager une thérapie analytique.